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— notes

17 avril 2020 – Vendredi dans l’Octave

Au risque de me répéter, il faut bien avoir conscience de que la liturgie du temps pascal nous fait entendre, à dessein, des lectures qui recouvrent deux périodes de la vie de l’Église assez différentes : ce temps mystérieux que les apôtres vécurent entre la résurrection et la Pentecôte, distinct de l’ère à laquelle nous appartenons qui est le temps après la Pentecôte, également appelé temps de l’Église, ouvert par le récit des Actes des Apôtres.

Dire que les sept semaines intermédiaires sont historiques – et donc révolues – ne saurait signifier qu’elles ne nous concernent pas ! Comme le ministère de Jésus Lui-même et tous les mystère de sa vie, ce qui est vécu dans l’Évangile se prolonge dans la vie de l’Église, dans la vie chrétienne, dans la vie des chrétiens… comme le disait le cardinal Journet, grand théologien du mystère de l’Église : « l’Église est en quelque sorte l’Évangile continué ».

L’événement rapporté par saint Jean aujourd’hui (Jn 21, 1-14) se situe précisément dans ce temps mystérieux et constitue la troisième apparition du Ressuscité aux siens. Je ne sais pas si vous goûtez à la fois à la « lumière » et à la « douceur » de ce récit ? Le pittoresque de cette narration est comme une marque divine de l’écriture : saint Jean nous rapporte ces faits sans chercher à nous impressionner ou nous convaincre, avec une pudeur touchante qui est un signe d’authenticité.

Je vous proposer de méditer un seul point, en complément de mon commentaire de dimanche dernier où j’insistais, de façon peut-être un peu trop appuyée, sur le caractère pédagogique des sept semaines du temps pascal ; je voulais dire sur le fait que cette période est finalisée par le Don de l’Esprit à la Pentecôte qui inaugure la mission de l’Église jusqu’à la fin des temps. Autrement dit : toutes les visites du Ressuscité sont orientées à la mission ! Sans rien retrancher de cette affirmation, l’Évangile d’aujourd’hui me permet d’apporter une nuance particulièrement bienvenue dans la situation que nous traversons actuellement

Quelle est l’intention de Jésus lors de cette troisième apparition ? Pourquoi se manifeste-t-Il à ses disciples ?

Aucun enseignement n’est rapporté…. aucune instruction concernant la suite n’est donnée. Juste un coup de pouce pour la pêche, qu’on peut légitimement qualifier de miraculeuse et des grillades sur la plage. Jésus qui appelle ses apôtres « les enfants », le cri du cœur de Saint Jean reconnaissant le Maître et ce repas dont on ne sait rien, sinon qu’il fut l’occasion pour les disciples d’être affermis dans la foi et la connaissance du Christ Ressuscité, vivant, non comme un esprit évanescent, mais bien comme Il n’a jamais cessé d’être : ce chef attentif, bienveillant et aimant qui les rejoint dans leurs besoins les plus fondamentaux, dans leur vie quotidienne. Cette apparition de Jésus Ressuscité est empreinte d’une immense gratuité, si je puis dire et il est important que nous l’entendions pour comprendre la vie de la foi et l’exercice de la prière non pas comme une seule disposition à l’action et l’apostolat, mais comme une rencontre d’amitié. « L’amour, c’est la pure attention à l’existence d’autrui » disait Suenens. Si je me laisse rencontrer par Jésus dans ma prière, ce n’est pas seulement pour faire ceci ou cela, dans l’attente fébrile d’une instruction ou pour satisfaire ma curiosité. C’est simplement parce que ma joie est d’être avec Lui et que sa joie est d’être avec moi. Parce que notre joie est d’être avec Lui et la sienne d’être avec nous.

Ce qui justifie la prière est d’abord l’Amour. La mission elle-même n’est justifiable que par l’Amour. Tout est relatif − même la mission− ! sauf l’Amour. Tout est relatif à l’Amour de Dieu qui est l’absolu qui ordonne et finalise tout.

13 avril 2020 – Comme un Lundi de Pâques

Comme toute l’octave, le lundi fait corps avec l’unique fête. La semaine nous donne d’effeuiller jour après jour, de pétale en pétale, le mystère qui jeta dans la sidération et la joie ces premiers disciples du Ressuscité que nous voulons rejoindre par la foi.

J’aime cet évangile du Lundi de Pâques (Mt 28, 8-15), si « programmatique » ! Au sortir du tombeau vide, les femmes sont arrêtées dans leur course par Jésus Lui-même qui les charge, en quelque sorte, de transmettre une feuille de route à ses « frères ».

D’un côté s’enclenche la « propagande de la foi » – comme on disait sans vergogne jusqu’à une époque récente, c’est-à-dire sa la propagation activement promue de la Bonne Nouvelle . De l’autre, on voit s’organiser la diffusion, dont nous ne sommes pas moins les destinataires permanents, du Mensonge.

Il est intéressant de repérer ce qui motive et permet celle-ci ; notamment l’alliance, toujours valable aujourd’hui, de la peur et de l’appât. Peur des gardes, hommes simples qui aimeraient conserver leur emploi et qu’on n’a pas de mal à acheter avec « une forte somme d’argent » ; peur des « grands prêtres » qui craignent d’être remis en question et de perdre leur position.

Il s’agit donc d’un double mouvement, ou plutôt d’une fracture qui fait apparaître deux autorités : le royaume de la conversion (les saints femmes, les apôtres et bientôt le peuple libre) et celui de la diversion (le petit peuple soumis et les grands prêtres), celui de la foi et celui du mensonge.

La diffusion de la foi est sûre, mais lente, comme le délai des sept semaines qui séparent le jour de Pâques de celui de la Pentecôte nous le fait comprendre. Celle du mensonge est rapide et même immédiate, mais superficielle et polymorphe. Aujourd’hui on invente une histoire de corps soustrait… demain on racontera que celui qui avait été crucifié n’était pas Jésus. Des grands prêtres au dernier magasine « spécial Pâques » vendu en kiosque, en passant par les mahométans et Dan Brown, on s’emploiera à raconter tout ce qui pourrait détourner du fait inéluctable, afin de permettre à qui le souhaite de continuer à vivre comme si de rien n’était, comme si ce monde était le fait du hasard et le mal qui l’anéantissait une fatalité. Cette séparation d’Israël en deux est celle du monde.

Je repense à ces lignes du P. Bouyer, dans Le Trône de la Sagesse :

« Ce que nous appelons l’histoire sainte, l’histoire du peuple élu, n’est que la ligne de rupture de l’humanité, initialement crispée dans son refus, sous cette pression continue de la grâce. L’Ancien Testament est la Parole divine reprenant peu à peu la matière d’un monde durci et coagulé, impénétrable à son influence, jusqu’à s’y frayer une voie, et finalement jusqu’à le refondre et le récréer. Israël n’est que la lignée humaine qui a consenti à écouter, à recevoir la Parole divine, progressivement et peu à peu, non sans bien des reniements et des infidélités, cette Parole qui éclaire tout homme venant en ce monde, mais que les siens eux-mêmes, souvent, non point reçue. Ceux qui l’ont reçue, cependant, elle a fait d’eux des enfants de Dieu, en les envahissant de sa présence, jusqu’à ce que cèdent les dernières oppositions et que puisse devenir son Temple la chair même du péché ».


Ainsi qu’au mot si inspiré de Marc Twain :

« Un mensonge a le temps de faire le tour de la terre avant que la vérité attache les lacets de ses souliers ».

Des milliards de fake news circulent depuis le jour de Pâques et s’efforcent de faire diversion. Mais la bonne nouvelle du salut, humble et nue, s’est également levée ce matin-là. Depuis, elle avance, d’un pas lent mais assuré. Elle traverse arpente les continents et traverse les temps, sans qu’aucune haine n’entame sa patience, mue par cette joie singulière qu’aucune rage ne pourra jamais ravir : la joie de Pâques.

23 août 2019

Comme la jeunesse, la plage, le soleil ou les vacances, l’été est un concept récent, inventé par les congés payés, la publicité et l’industrie du tourisme. On y vend de l’évasion à gogo, alors qu’il s’agit d’un temps de repos obligatoire bien balisé par la grande usine du salariat. C’est la saison de toutes les injonctions positives : il faut bouger, partir, voyager, s’amuser, revenir bronzé et reposé. Les métropoles se vident comme si la peste en avait exterminé les habitants. Cet exode a quelque chose d’absurde car la foule va au même endroit tant les quais du métro semblent se recouvrir de sable. Puis les corps se dénudent, s’enduisent et se collent comme le feraient des brochettes sur la grille d’un barbecue. Nos comportements sont aussi fléchés que des ronds-points et les radars sont là pour nous rappeler qu’il n’y a aucune place pour l’individualisme. L’été, faut-il parler de touffeur ou d’étouffement ?Depuis Charles Régismanset (1873-1945), on sait que « la vie n’est qu’une succession d’habitudes » : en faire fondre l’épaisseur est encore plus difficile que de cramer l’Amazonie ou de liquéfier la banquise. Avec l’âge, la répétition devient une religion. On déteste les imprévus et les chemins de traverse. Pourtant, au fond de l’âme, luit la petite étincelle de la lucidité : je ne suis pas « fait » pour « ça ». Alors, on cherche à fuir la routine, à faire le vide autour de soi, à purger son espace social, à retrouver les terres vierges de l’évasion impossible.

Et paf, c’est là que l’été devient meurtrier pour le couple. Si on dit que c’est la saison des mariages, c’est aussi celle des ruptures, y compris dans les familles installées : bobonne reste à la campagne avec les enfants quand lui retourne au boulot. Rien ne résiste à l’usure du temps, se dit le mâle déprimé. À l’affût du blues, les marchands de bonheur nous attendent au tournant car le génie du capitalisme est de sonder les profondeurs de l’âme pour en tirer profit.

France Inter est une radio de « service public ». Encore faudrait-il définir ces deux termes quand l’antenne promeut l’infidélité sous le titre « tromper, c’est aimer ? ». Le point d’interrogation est le vestige d’une pudeur désuète. La question anime le Débat de midi présenté comme suit : « Et si on arrêtait un peu de faire du couple monogame discipliné et bien peigné la seule forme noble de relation entre deux êtres ? (…) Voilà une question qui nous oblige à réviser entièrement nos attachements moraux, religieux, personnels à l’exclusivité sexuelle. » Cette formulation mérite une petite exégèse estivale :

1. France Inter présente le sujet comme si les foules sentimentales étaient encore « attachées » à quoi que ce soit, alors qu’elles sont libérées de tout ou presque. La norme d’aujourd’hui, c’est précisément de n’être attaché à rien. Ce qui, dans un monde complexe rempli de contraintes, nous rend fous et dépressifs. France Inter a quarante ans de retard car s’il y avait quelque chose à « réviser », ce serait le détachement généralisé, que ce soit au sein des grandes entreprises ou des grandes religions, les intégrismes minoritaires étant un révélateur de ce phénomène.

2. L’expression « discipliné et bien peigné » n’est pas anodine. À l’exception des archives de l’INA, des films d’Hitchcock et des albums de famille en noir et blanc, je ne croise que piercings, tatouages et shorts confettis. C’est sans doute le syndrome Adlerflug (vol de l’aigle), du nom de ce carrousel de chaises volantes qui vient de fermer en Allemagne car des plaignants avaient remarqué que le manège décrivait des croix gammées, ce qui n’était évidemment pas dans l’intention du concepteur. Même quand il n’y a plus rien, il faut qu’il y ait encore quelque chose. Sans le carburant conservateur, le bolide progressiste tombe en panne. L’exploitation du nazisme sert à fixer et à piéger toute représentation de l’ordre, de quelque nature qu’il soit. « Discipliné et bien peigné », c’est l’antithèse de cette cool attitude, californienne et friquée, en réalité hyper-subversive. Dans cet esprit, l’infidélité se gonfle à l’hélium de l’évasion, de l’épanouissement de soi. Mais comment peut-on s’épanouir dans le mensonge ? Car un conjoint infidèle s’amuse de sa double vie et joue avec l’autre comme un chat d’une souris.

3. L’épithète « noble » ne passe pas inaperçu, surtout quand on l’associe à « la seule forme de relation entre deux êtres ». Que vient faire la noblesse – qui n’est qu’obligation – dans un monde délié de toute obligation ? L’infidélité est l’expression de ce lien que l’on coupe. C’est comme si je cassais un vase en disant que je n’ai rien brisé. En clair, on ne peut pas transiger sur la fidélité. La noblesse traduit cette impossibilité de la transaction. Tout ne se vaut pas et le reconnaître passe pour quelque chose d’insupportable.

4. France Inter est le media des milieux bien-pensants et cultureux. À l’image du livre d’Esther Perel, auteur de Je t’aime, je te trompe (Robert Laffont, 2018), l’antenne préconise de « repenser l’infidélité, non pas comme une simple transgression morale, ou religieuse, mais comme le stade ultime de la liberté et de la fidélité à son propre désir ». Un certain intellectualisme fait des contorsions avec les mots et les maux : le langage pourvoit l’infidélité d’une sonorité guillerette qui en éloigne le sens de la réalité de l’adultère ou de la trahison. Comme si en étant infidèle, on était sympa ! Dans ce débat de Tartuffe, on manie aussi l’oxymore en parlant de « fidélités multiples ». C’est si commode ; j’en voudrais presque un exemplaire… Si depuis la loi du 11 juillet 1975, l’infidélité est dépénalisée, celle-ci demeure un motif de divorce. L’article 212 du Code civil énonce toujours que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Comment peut-on en faire le stade ultime de la liberté, sauf à promouvoir l’égoïsme comme règle de vie ? Faut-il être aveugle sur les préjudices affectifs et sociaux qu’elle provoque en cascade ?

5. Il est singulier de voir des gens se revendiquant de la gauche se pâmer sur les « jardins secrets », les « bulles » et autres espaces privatifs que requiert un mode de vie infidèle. Il y a ici arrière-goût d’aristocratie voltairienne et un plaisir précieux à se vouloir décadent, alors que les femmes seules peuplent les Gilets jaunes de leur douleur et de leur désarroi. Ce qui reste de la gauche ne devrait-il pas défendre le mariage, l’engagement, l’assistance – qui est l’autre nom de la solidarité ?

6. L’exclusivité sexuelle est-elle une mission impossible ? En révisant « entièrement » ce monopole, France Inter met le doigt sur une survivance du catholicisme. L’idéal du mariage y est comparable à un sommet mythique : si on transpire pour y accéder, il n’est jamais permis d’en quitter le chemin ni d’en descendre. C’est comme à l’Everest : beaucoup de cadavres gisent inertes sur les bas-côtés dans la dead zone. Le droit nous emprisonne encore dans des conceptions exclusivistes. Nul n’y échappe. Même les revendications de couples de même sexe continuent à évoluer dans ce cadre, à en mimer les codes et les usages.

Faut-il une morale à cette histoire qui n’en a pas ? Un certain discours corrosif manipule et retourne notre soif de liberté pour en faire une arme de guerre contre ce qui nous civilise. La liberté n’est pas la désinvolture mais son exact opposé. Il me plaît de côtoyer des personnes fidèles, polies, discrètes, joyeuses et libres. Comme elles se respectent elles-mêmes, elles me respecteront.

Louis Daufresne

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20 mai 2019

Sommes-nous de simples déchets ?

Si aujourd’hui je me permets de prendre la parole au sujet de ce qui est en train de se passer pour M. Vincent Lambert, c’est que son cas si particulier est emblématique de la société dans laquelle nous voulons vivre.

Tout d’abord, mon cœur de prêtre me porte à prier pour lui, soumis à tant de pressions, et dont la vie ne peut dépendre que de décisions qui lui échappent. Il y a quelques années, il a déjà subi un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation auquel il a survécu de manière étonnante. Cet homme de 42 ans, traumatisé crânien lors d’un accident de la route est actuellement lourdement handicapé, tétraplégique et dépendant dans un lit au CHU de Reims. Son cas est tout proche de celui de Michaël Schumacher, traumatisé crânien avec de lourdes lésions cérébrales et, lui aussi, en état pauci relationnel. Malgré la célébrité de ce champion de Formule 1, les médias ne se sont pas emparés de son cas médical et il peut jouir de soins spécialisés très attentifs en milieu privé. Dans le cas précis de M. Vincent Lambert, on constate qu’il a les yeux ouverts, qu’il respire normalement, qu’il est dans un état stable, pas du tout en fin de vie. Il a besoin d’une aide-soignante et d’une infirmière qui assurent le nursing et le changement de position, d’un kinésithérapeute pour éviter les escarres. La nutrition et l’hydratation se font par gastrostomie ou par sonde nasogastrique.

La décision d’interrompre les soins de confort et de nutrition de base chez un patient handicapé s’oppose à la loi Léonetti. Il n’est pas mentionné qu’il présente de souffrance insupportable qui nécessite une sédation profonde sauf évidemment dans le cas où l’arrêt de l’hydratation par les médecins entraînerait la douleur cruelle de mourir de soif. Il ne s’agit pas d’une « obstination thérapeutique » puisque ce ne sont pas des soins curatifs d’une maladie incurable, mais simplement les soins corporels et nutritionnels de base que l’on doit aussi aux personnes âgées dépendantes, hémiplégiques, et aux bébés qui ne sont pas encore autonomes.

On cite à l’envi les pays moins-disant éthiques comme la Belgique ou les Pays-Bas. Force est de constater que dans ces pays il y a une anesthésie totale de la conscience. On entend des enfants parler de manière naturelle de l’euthanasie de leurs parents comme s’il s’agissait d’une éventualité normale. Un membre du gouvernement belge, assise en face de moi lors d’une rencontre chez M. le Président de la République, était très fière que son pays soit « en avance », comme elle disait. Pourquoi ne cite-t-on jamais les pays qui ont une plus haute conscience éthique, comme l’Allemagne ou l’Italie ? Il y a aujourd’hui un choix de civilisation très clair : soit nous considérons les êtres humains comme des robots fonctionnels qui peuvent être éliminés ou envoyés à la casse lorsqu’ils ne servent plus à rien, soit nous considérons que le propre de l’humanité se fonde, non sur l’utilité d’une vie, mais sur la qualité des relations entre les personnes qui révèlent l’amour. N’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsqu’une maman se penche de manière élective vers celui de ses enfants qui souffre ou qui est plus fragile ? C’est le choix devant lequel nous nous trouvons. Le Christ nous a révélé la seule manière de grandir en humanité : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Et il nous a donné la seule manière d’exprimer cet amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Une fois de plus nous sommes confrontés à un choix décisif : la civilisation du déchet ou la civilisation de l’amour.

+Michel Aupetit
Archevêque de Paris

26 décembre 2018

« Tous les rois se prosterneront devant Lui, tous les pays Le serviront » chante le psaume 71… 

La candeur de cette prophétie (psaume 71) aurait de quoi alimenter le cynisme ordinaire… :

Cela fait belle lurette que Dieu est chassé de la plupart des pays du monde ! Feu la chrétienté ! Quant aux nations qui invoquent le nom de Dieu, la plupart brandissent une idole qui n’a rien à avoir avec la révélation du vrai Dieu : ils se forgent un prétexte aux pires exactions. Les pays dans lesquels le vrai visage du Dieu et le visage du vrai Dieu ont été découverts, dont l’histoire est indissociablement liée au christianisme, comme le nôtre, ont fini, à force de régicides et de parricides à renier leur vocation divine. La chasse aux crucifix et aux crèches sont le pitoyable symbole d’une abjuration plus radicale. Pire, nombre de baptisés ne daignent plus s’agenouiller devant Dieu : supérieurs aux apôtres, aux prêtres et aux rois, le credo libertaire et la fierté citoyenne les inspire davantage que l’Évangile et la Tradition. Ce psaume est donc aussi anachronique que pathétique: il ignore de quel pas assuré le monde s’est avancé depuis. Il ne tient pas compte des progrès accomplis et de l’évolution des mentalités.

À moins qu’il énonce une insolente vérité. Le mystère selon lequel le défilé des hommages rendus « en ce temps là », la longue marche inaugurée par les bergers et les mages, ne se soit, en vérité, jamais arrêté. Que rien n’ait jamais pu rompre la file des petits venus donner… de leur temps, de leur prière, de leurs présents − sans parler de ceux qui versèrent de leur sang pour Celui qui est le Fils de Dieu venu en notre chair. En vérité, cette parole de Dieu a commencé à s’accomplir au milieu de cette Nuit Sainte entre toutes. Des quatre coins du monde, des pauvres en esprit, bergers ou rois, commencèrent à converger pour adorer « en esprit et en vérité », engageant ainsi un irréversible et singulier pèlerinage. Depuis lors, les périodes les plus médiocres de l’histoire chrétienne n’ont jamais été privées de genoux assez humbles pour toucher la terre, ni de lèvres assez pures pour baiser le front du Sauveur. Rien n’a jamais pu totalement compromettre le mouvement enclenché au jour de la manifestation du Sauveur. Aucune force n’est jamais parvenue à empêcher le rassemblement des enfants de Dieu ! Leur joie est un rempart imprenable et la petite procession qu’ils perpétuent obstinément n’est rien de moins que l’ « Église du Seigneur », peuple de rois et patrie universelle où l’adoration et le service de Dieu ne cesseront jamais d’être assurés, dès ici-bas et pour l’éternité.