Révolution

Dimanche 5 I 2020 – Épiphanie du Seigneur

Si je vous pose la question : « que s’est-il passé en 1515 » ? Vous me répondez naturellement « Marignan » !

Mais savez-vous que pendant que François Ier remportait cette grande bataille, un chanoine polonais commençait à diffuser des écrits scientifiques de première importance, rassemblés dans un opuscule au titre aussi obscur1Nicolai Copernici de hypothesibus motuum caelestium a se constitutis commentariolus ; les premiers écrits dateraient de 1510 et la diffusion s’est faite sans publication sur une trentaine d’années. La date de 1515 est donc, ici, très symbolique. C’est également l’année de naissance de Saint Philippe Néri, en passant ! que son contenu allait avoir d’éclairant pour la suite ? Pour la première fois, un savant s’aventurait à remettre sérieusement en cause la vision géocentrique de l’univers et formulait l’hypothèse selon laquelle ce n’est pas le Soleil qui tourne autour de la Terre, mais tout le contraire ! Le nom de cet heureux responsable de la révolution héliocentrique était la chanoine Nicolas Copernic.

Une révolution plus grande encore

Plus de quinze siècles avant lui, une équipe mages astronomes faisaient une découverte plus renversante encore. Ce qui s’est passé à Bethléem avec ceux que nous appelons Bathazar, Melchior et Gaspard représente un bouleversement encore plus révolutionnaire, en ce sens qu’il y eut un « avant » et un « après », que la façon de regarde le monde et de comprendre la réalité s’en est trouvée totalement changée.

L’Évangile selon saint Matthieu (2, 1-12) relate cette découverte extraordinaire. Le texte nous permet de relever quelques éléments qui soulignent l’idée de bouleversement, tant à partir des signes donnés par le Ciel aux hommes que du côté des signes donnés par les hommes au Ciel.

Ce que dit le Ciel aux Hommes

Les sources du savoir de ces chercheurs orientaux sont étrangères à la religion d’Israël. Leur culte est organisé autour de l’astronomie qui confine probablement à l’astrologie. Selon les principes qui régissent ces croyances fort anciennes, le discernement d’un chemin dans le ciel indiquerait celui que je vais ou que je dois suivre sur la terre. Le cours des astres est source d’inspiration et lieu de révélation. En relevant le comportement singulier d’un astre, les mages en déduisent naturellement l’existence d’un événement singulier. Une première remarque s’impose cependant : ces scientifiques habitués à constater des mouvements répondant à des lois semblent observer ici un phénomène défiant les lois habituelles et prévisibles. Ils appréhendent un principe supérieur.

Mieux, saint Matthieu précise que l’étoile achève sa course en se fixant au-dessus du lieu de la nativité : «  et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. » (Mt 2, 9). Cette fixation est un symbole intéressant. Celui d’une « dernière séance », les constellations consentant à rendre un ultime service avant de « passer la main » ? Dès lors, pourrait-on dire, plus jamais les étoiles ne pourront prétendre nous guider, car les coordonnées du Cœur du Monde ont enfin été trouvées! La Lumière née de la Lumière, gloire d’Israël et flambeau des nations, le Centre à partir duquel tout s’ordonne S’est découvert !

Ce que les Hommes disent au Ciel

En réponse à ces signes du Ciel, ces hommes vont donner quelques gages…

Assurément, ils font ici allégeance au Roi des rois ! De nombreux éléments permettent de l’affirmer.

De façon évidente, l’offrande de précieux présents. Plus encore, peut-être  les geste de l’adoration qui l’accompagne… En effet, l’évangéliste précise que les mages se prosternent. Un geste que les apôtres reproduiront en présence du Christ à chaque fois qu’ils seront saisis par son identité divine… La prosternation consiste à s’allonger de tout son long sur le sol, signe d’une adoration sans réserve. La tradition chrétienne prolonge ce geste évangélique par la pratique de l’agenouillement ou de la génuflexion (qui sont des version simplifiées et allégées de la prosternation). Mais c’est un symbole fort qui consacre ici l’anéantissement de toute magie, la fin de toute astrologie devant la découverte de la véritable Étoile, du véritable Pôle2«Jésus est l’étoile polaire de la liberté humaine : sans Lui, elle perd son orientation, puisque, sans la connaissance de la vérité, la liberté se dénature, s’isole et se réduit à un arbitraire stérile. Avec Lui, la liberté se retrouve.» Benoît XVI, Discours aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (10 février 2006) : Jésus-Christ, Alpha et Oméga de toute la Création, Verbe sans Lequel rien ne fut !

Quand on a vu la Lumière en personne, les étoiles cosmiques pâlissent et les illusions tombent. On ne peut plus voir comme avant. On ne peut plus croire n’importe quoi. La foi véritable déniaise !

Justement, quels sont les fruits de cette adoration  et le signe qu’elle est inspirée ?

Aller-retour pour un demi-tour

Si les mages pourront continuer à scruter la création avec un regard plus ajusté, saint Matthieu ajoute que Dieu leur parle ensuite en songe. Alors qu’ils se contentaient jusqu’ici de la science et des écrits sacrés, le regard de foi auquel ils accèdent semble les ouvrir à la prière. Le songe symboliserait une nouvelle capacité d’entrer en communion avec Dieu. Dieu parle à certains coeurs droits, pour les appeler à Lui. Aussi, donner son cœur à Dieu serait la meilleure façon d’entrer dans la prière chrétienne.

Un deuxième fruit de la conversion des mages serait sans doute d’ordre moral, ainsi qu’on s’est souvent plu à interpréter le fait que nos amis revinrent chez eux par un autre chemin, que les chercheurs du retour ne sont plus ceux de l’aller. Il y eu, pour eux, un avant et un après Bethléem !

D’une conversion à l’autre

Pour autant, le récit touchant de la conversion de ces trois scientifiques il y a plus de 2000 ans risque de rester assez éloigné de nos préoccupations.

Il faut dire qu’on a fait de ces visiteurs des êtres très exotiques, tranchant quelque peu avec la sobriété évangélique. Rhabillés en boubous, kimonos en djellaba… ils ajoutent une note folklorique à nos crèches…. et le charmant carnaval nous distrairait sans nous instruire.

Pourtant, l’espérance de la conversion des grands esprits de notre temps et l’urgence de voir s’opérer des révolutions coperniciennes d’ordre spirituel ne mériteraient-elles pas d’être assumées dans notre intercession ? Avons-nous conscience de la fragilité de certain de nos théorèmes, voire de leur malice ? La conviction d’appartenir aux générations éclairées, de maîtriser les équilibres délicats de la Bourse, du cosmos,  de la géopolitique, la mainmise sur la transmission de la vie et toutes les tentations démiurgiques en cours ne méritent-elle pas d’être renversée, de retrouver leur centre de gravité divin ?

Plus modestement, à notre échelle, est-on certain que le recours aux superstitions n’appartient qu’à un lointain passé dont le glas aurait bel et bien sonné depuis la nuit de la Nativité ? Si le christianisme a mis au chômage nombre d’idoles au temps de sa diffusion…les croyances les plus chimériques connaissent un regain proportionné à la déchristianisation3«En quoi donc sommes-nous concernés par le soleil, la lune et les étoiles ? ou par les lois de l’univers ? Comment nous enseigneront-ils notre devoir ? Que diront-ils aux pécheurs que nous sommes ? Ils n’ont absolument rien à dire aux pécheurs. Ils ont été créés avant la chute d’Adam. Ils « proclament la gloire de Dieu », mais non sa volonté. Ils ne sont que perfection et harmonie ; mais l’éclat et l’excellence qu’ils manifestent par leur propre existence, ainsi que la divine bonté qui s’y reflète, sont de peu d’importance pour l’homme déchu. Ils ne révèlent rien du courroux de Dieu, qui résonne si fort dans la conscience du pécheur. De sorte que la pire des ruses de Satan (mais non la moins fréquente) consiste à nous distraire de nos pensées les plus intimes, à nous faire oublier notre propre cœur qui nous parle d’un Dieu de justice et de sainteté, à river notre attention uniquement sur le Dieu qui a créé les cieux ; lequel est certes notre Dieu, mais pas le Dieu tel qui se manifeste à nous autres pécheurs, car c’est le Dieu qui resplendit devant ses anges et devant ses élus dans l’au-delà.» J-H Newman, Sermon du 26 août 1832 sur « La religion du moment » (n°24)
Sermons paroissiaux t. 1, p. 321 
. Il y a probablement plus de « voyants » et de marabouts que de médecins dans la plupart de villes de France. Ce n’est pas seulement un phénomène populaire : plusieurs chefs de l’État de la Cinquième République, auraient versé dans l’occultisme le plus discrètement du monde, à leurs heures…

Nous-mêmes, ne nous sentons pas trop vite libres de toute influence ! Si je demandais à chacun son signe astrologique, à la sortie de la messe, il est probable que chacun sache me le donner. Obtiendrais-je la même qualité d’information en demandant à chacun la date de son baptême ? Peut-être que je me trompe, mais il me semble que la visite des mages inaugure une révolution qui ne sera jamais tout à fait achevée, ici-bas.

Aussi, ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est la manifestation de la Lumière et sa victoire sur les ténèbres de l’ignorance, pour tout homme et l’univers entier. C’est donc la fin de toute magie, le rejet de tout déterminisme, le refus de tout fatalisme ! C’est l’affirmation qu’une liberté sans égale est donnée à ceux à qui le Christ communique la grâce et la vérité ! Rien ne sera plus jamais écrit dans les astres4https://fr.aleteia.org/cp1/2019/10/22/pourquoi-lire-son-horoscope-est-dangereux/, ou déterminé par les prévisions trop humaines.

Mage ou berger, dotés de connaissances étendues ou simples d’esprit, chargé de grandes responsabilités ou de quelques moutons… appelons de tous nos vœux, en ce début d’année, l’avancement de la révolution spirituelle inaugurée par les mages mais qui reste à achever ! Et commençons par nos propres coeurs, que l’Esprit Saint doit sans cesse libérer des illusions et des peurs !

La révolution des révolutions

Travaillons à faire connaître la découverte du théocentrisme, du christocentrisme de Bethléem ! La vérité selon laquelle le monde et toute réalité tournent autour du « Soleil de Justice », notre Seigneur Jésus-Christ, dont les rayons miséricordieux permettent d’apprécier toute personne et toute situation en vérité. Faisons-Lui allégeance ! En ce petit Enfant, reconnaissons le Roi des rois, le créateur du monde, son sauveur et sa providence !

Prenons surtout l’engagement de vivre cette année de grâce en premier lieu éclairés par la Parole de Dieu ! Dans l’espérance fondée d’être ainsi de plus en plus libérés, établis dans une communion toujours plus fervente, progressant dans la connaissance du vrai visage de Dieu et du visage du vrai Dieu et le désir de le révéler à tous, malgré notre pauvreté, puisqu’Il est venu pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4). Amen.

Références

-1 Nicolai Copernici de hypothesibus motuum caelestium a se constitutis commentariolus ; les premiers écrits dateraient de 1510 et la diffusion s’est faite sans publication sur une trentaine d’années. La date de 1515 est donc, ici, très symbolique. C’est également l’année de naissance de Saint Philippe Néri, en passant !
-2 «Jésus est l’étoile polaire de la liberté humaine : sans Lui, elle perd son orientation, puisque, sans la connaissance de la vérité, la liberté se dénature, s’isole et se réduit à un arbitraire stérile. Avec Lui, la liberté se retrouve.» Benoît XVI, Discours aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (10 février 2006)
-3 «En quoi donc sommes-nous concernés par le soleil, la lune et les étoiles ? ou par les lois de l’univers ? Comment nous enseigneront-ils notre devoir ? Que diront-ils aux pécheurs que nous sommes ? Ils n’ont absolument rien à dire aux pécheurs. Ils ont été créés avant la chute d’Adam. Ils « proclament la gloire de Dieu », mais non sa volonté. Ils ne sont que perfection et harmonie ; mais l’éclat et l’excellence qu’ils manifestent par leur propre existence, ainsi que la divine bonté qui s’y reflète, sont de peu d’importance pour l’homme déchu. Ils ne révèlent rien du courroux de Dieu, qui résonne si fort dans la conscience du pécheur. De sorte que la pire des ruses de Satan (mais non la moins fréquente) consiste à nous distraire de nos pensées les plus intimes, à nous faire oublier notre propre cœur qui nous parle d’un Dieu de justice et de sainteté, à river notre attention uniquement sur le Dieu qui a créé les cieux ; lequel est certes notre Dieu, mais pas le Dieu tel qui se manifeste à nous autres pécheurs, car c’est le Dieu qui resplendit devant ses anges et devant ses élus dans l’au-delà.» J-H Newman, Sermon du 26 août 1832 sur « La religion du moment » (n°24)
Sermons paroissiaux t. 1, p. 321 
-4 https://fr.aleteia.org/cp1/2019/10/22/pourquoi-lire-son-horoscope-est-dangereux/
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