Sous le choc

18 X 2020 – 29° Dimanche dans l’Année

Une horreur de plus : un professeur décapité devant le collège où il enseignait !

Le quantième attentat islamiste en France depuis quelques décennies ? Pour la seule année 2020, le sixième (après première une attaque au couteau à Villejuif en janvier, une deuxième à Romans-sur-Isère, une attaque à la voiture-bélier à Colombes en avril et l’attentat du mois dernier à Paris). Un trimestre ne s’écoule pas sans que le pire survienne.

Au drame que ces actes ignobles et imprévisibles représentent s’ajoute celui des indignations du monde politico-médiatique qu’ils provoquent. Des réactions parfaitement prévisibles et presque rituelles : les mêmes postures pathétiques depuis l’attentat de Charlie Hebdo : on allume des petits lumignons, on  alterne attroupements larmoyants et déclarations viriles : « Plus jamais ça »…. « C’est le cœur de la République qui est touché », on arbore le hachtag #JesuisDupont. Et au sommet de l’hébétude, on pose les mêmes question stupides : « Comment cela a-t-il pu arriver ? » immédiatement accompagnées de propositions foireuses « Nous allons imposer une heure d’instruction civique l’année prochaine, au collège ». De toute évidence, la réitération du pire ne semble inspirer aucune réaction ou proposition nouvelle. La raison est simple : une forme d’autocensure interdit de remonter aux causes ultimes et enjoint de se cantonner au champ du comment ? Sans jamais fouler celui du Pourquoi ? Espère-ton vaincre ce cancer en buvant de la tisane et se faisant des câlins ?

Dès lors, point n’est besoin d’être prophète pour annoncer qu’un prochain attentat surviendra sous peu. Nul ne saurait prévoir le mode opératoire ni désigner les victimes. Mais on peut déjà écrire les discours qu’il provoquera : ce sont ceux de ce jour, qui sont déjà ceux d’hier !

Frères et Sœurs, ce matin, n’éprouvez-vous pas un sentiment de “déjà vécu” ?

En vérité, rien ne changera si l’on continue à se mentir en cédant à une forme de malhonnêteté intellectuelle, en se refusant d’abandonner un certain logiciel idéologique, quand bien même les faits ne cessent de dénoncer son inefficacité. Personnellement, je relèverais deux erreurs d’analyse.

Première erreur : les motivations de l’ennemi

La première erreur est si simple qu’on risquerait de l’oublier. Elle consiste à s’exonérer de la recherche des causes première de ces actes et partant de les nommer.

À partir de la quantième décapitation sur le territoire national s’interrogera-t-on sur ce qui, ultimement inspire tous ces actes si caractéristiques par leur lâcheté ? Combien faudra-t-il de victimes pour qu’un responsable prenne la peine de chercher et d’analyser les faits ? De lire qu’il est effectivement écrit et toutes lettres que Dieu prie ses fidèles d’égorger ceux qu’il faut considérer comme infidèles ? Et qu’il s’aperçoive qu’il y a éventuellement un rapport de cause à effet dans le fait d’entendre un ordre divin et dans celui de l’exécuter ?

La deuxième erreur, que je voudrais davantage explorer, est plus profonde. Plus redoutable aussi. Elle ne requiert pas seulement l’honnêteté intellectuelle qui conduit à rechercher les causes du mal. Elle nous remet davantage en question. Le premier déni en nous interdisant d’analyser les motivations de l’ennemi, faisait de nous des complices passifs ; la seconde erreur nous implique davantage. Elle ose analyser les motivations de notre propre défense et soupeser la consistance de notre riposte…

Deuxième erreur : les motivations des Alliés

Pour saisir cela signifie, je ne trouve pas d’analyse plus pertinente que celle que nous offrit un évêque français, Mgr Ravel, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo. Un texte prophétique intitulé « La Guerre Compliquée » que les cinq années écoulées depuis sa rédaction n’ont cessé de confirmer.

Il rappelle le fait que des hommes se retrouvent ensemble à combattre le même mal peut signifier qu’ils en perçoivent tous la nécessité et l’urgence, mais pas qu’ils sont accordés en tout. Je pense, n’en déplaise à l’histoire officielle, au ralliement (d’autant plus démonstratif qu’il fut tardif) des communistes à la Résistance… On peut donc réagir ensemble sans professer la même foi, mais jusqu’à quel point est-ce efficace ?

En condamnant ces attentats, en nous tenant en première ligne pour défendre la liberté – idée d’origine évangélique –, sans cesser de nous tenir prêts à défendre la patrie en danger, ne renonçons pas, précisément, à la liberté de remettre en question l’alternative proposée par la majorité desdits représentants du pays. Que César nous permette de remettre en cause les traitements préventifs qu’il imagine et la piètre idée de la France qu’il se fait !

Si Monseigneur Ravel souscrit à l’idée d’un affrontement de deux mondes, il refuse, comme on le fait communément, que celle-ci se résume au siège d’un camp du bien par le camp du mal. Il ose dénoncer la confrontation de deux mondes fous, tous deux pervertis, en décrivant ce que l’on pourrait appeler un choc des incivilisations.

Le choc des incivilisations

D’un côté, les décombres de l’Occident qui est parvenu à s’inventer un homme chimérique dont il s’ingénie à défendre chaque jour de nouveaux droits. Un homme qui aurait gagné en s’affranchissant de Dieu et qui gagnera en proportion du mépris des lois divines. Un homme qui serait son propre dieu.

De l’autre, un système religieux importé, fondé sur un Dieu imaginaire parfaitement monolithique qui serait d’autant plus honoré que l’homme lui serait soumis. Dont la gloire augmenterait en proportion de l’anéantissement des ses créatures. Une religion qui invite à trancher la gorge des innocents.

D’un côté, une vision de l’homme déconnecté du réel et donc du Créateur, qui estime que tout ce qui est scientifiquement possible est légitime et souhaitable. Qui s’arroge le droit de tuer, d’avorter, de congeler des êtres vivants, d’achever des mourants, qui organise le suicide assisté et promeut toutes les perversions au nom du droit à la différence.

De l’autre, un vision non moins inhumaine parce fondée sur une fausse révélation divine…. mais qui a si peu de consistance qu’il lui faut un ennemi à dénoncer et conquérir pour exister pour justifier son action, ce que le monde dégénéré lui offre sur un plateau.

Or, précisément, croyons-nous que cet avatar apostat de civilisation chrétienne puisse faire le poids ? Qu’on puisse couvrir ce credo inhumain par un autre credo inhumain ? Que la promotion de l’Homme sans Dieu puisse contrer la croyance du Dieu sans l’homme ?

Monseigneur Ravel a le courage d’anéantir la représentation simpliste et si confortable du camp du bien et du camp du mal, pour nous inviter, en fidélité au plan de Dieu, à emprunter une troisième voie, plus exigeante et discrète.

Un humble chemin au milieu de l’immense chaos

À vrai dire, il s’agit de la seule alternative qui puisse mériter le nom de «civilisation». Si elle le mérite, c’est à partir de ce fondement précieux induit par la distinction révolutionnaire qu’énonça en son temps le Fils de Dieu, celle des ordres temporel et spirituel. Ordres que précisément les deux systèmes dénoncés à l’instant ignorent ou confondent : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César, ce qui est César ! » Ce qui signifie non pas de rendre à l’un ou à l’autre, mais de rendre à l’un et à l’autre distinctement : « Vous qui servez Dieu, n’omettez pas de rendre vos devoirs à César. Vous qui servez César, n’omettez pas de rendre vos devoirs à Dieu. » Et non pas ignorez-vous ou confondez tout !

Distinguer deux ordres ne signifie pas décréter leur égalité. César et Dieu ne sont pas deux dieux qui se partageraient l’autorité sur la vie du monde. De toute évidence, pour Jésus comme pour ses auditeurs, Dieu ne doit rien à César et César doit tout à Dieu. La laïcité, notion dont on saisit ici l’origine évangélique, n’est en rien une impiété.

Lorsque la laïcité devient une impiété, elle perd toute légitimité. Ainsi, faire de la liberté de conscience et d’expression une occasion de promouvoir la laideur, l’inconscience et la haine risque de la décrédibiliser. Le moins religieux des césars ou des citoyens serait inspiré d’en tenir compte.

Le respect de Dieu, fondement du respect des autres

Pour preuve, la liturgie aujourd’hui, en première lecture, nous fait entendre l’histoire de Cyrus, un non-juif, un païen fondateur de l’empire perse au V° s. à qui le prophète Isaïe rappelle qu’il doit, non moins que tout Israélite, tout au vrai Dieu qu’il ignore :

« Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors Moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne Me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de Moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. »

Un certain bon sens (auquel se mêle peut-être une crainte de Dieu) ou une véritable intelligence politique  conduira en effet ce roi à rendre justice aux peuples qu’il aura soumis, dont ces Judéens exilés en Mésopotamie. Aucun César au monde ne saurait enjamber le Bon Dieu.

Et c’est ici que notre présence dans les premiers rangs de la résistance ne doit laisser place à aucune ambiguïté. Que nous sommes invités à redoubler de discernement. En tant que disciples de Jésus-Christ, nous renvoyons dos à dos tant les fausses religions archaïques qui humilient l’homme et le tuent tous les jours ; que les fausses religions progressistes qui voudraient d’un monde sans Dieu et qui avilissent l’homme et le  tuent tous les jours − dans tous les sens du terme. Aucune de ces deux visions inhumaines ne nous convient ! Le duel sanglant dans lequel ces deux représentations tronquées s’affrontent ne pourra cesser qu’à la condition de refuser de part et d’autre le mensonge, qu’à la condition de choisir de part et d’autres la vérité, parole du vrai Dieu et vraie parole de Dieu !

Sans Moi vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5)

La liberté chrétienne n’impose à personne de rendre hommage au Seigneur, créateur du monde et sauveur de tout homme… mais « ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon la chair » (Ga 5, 13), pour promouvoir l’impiété et la décadence ! Dieu S’est suffisamment humilié pour que nous n’y ajoutions pas. L’honneur de l’homme est plutôt de Lui rendre gloire, de Lui demander pardon, de solliciter son secours et de L’attendre, jusqu’à son retour !

Que César pose un genou à terre devant le Dieu unique, et peut-être cessera-t-il d’être moqué ? Peut-être retrouvera-t-il l’autorité qu’il est censé représenter ? Nous lui souhaitons, car elle est source de paix pour une nation.

Car en attenant les incantations creuses n’arrêteront pas la prolifération de la haine. On ne combat pas la haine avec la bêtise et le vide… on combat la haine par la lumière de la vérité et l’Amour ! La grâce d’être chrétien est de connaître, sans mérite aucun, le beau Visage de l’Amour. De savoir où bat le Cœur de Dieu. D’avoir repéré le Chemin, perçu la Vérité, choisi la Vie…

Mais ce Chemin n’est pas privé.

Cette Vérité ne nous appartient pas.

Cette Vie ne nous est pas à nous seule destinée.

C’est parce qu’Il a tant aimé le monde que Dieu a donné son Fils unique.

Que faire pour révéler le vrai Visage de Dieu et le Visage du vrai Dieu ?

Certainement pas hurler avec les loups ou pleurnicher avec les Bisounours.

Avec courage travaillons à faire connaître Celui qui par sa Croix a tué la haine et offert une paix qu’aucune force humaine ne saurait ravir. Voilà ce que nous avons à accomplir de plus urgent !

Sans se souhaiter le martyre, il faut se tenir prêt à témoigner, s’il le fallait, jusqu’au sang.

Que Jésus nous accorde son Esprit d’audace et d’amour. Qu’Il nous inspire les mots pour prier et pour témoigner, les initiatives pour Le révéler.

Jusqu’à son Retour, il ne sera jamais trop tard. Amen.

lectio

Isaïe 45, 1-6

Psaume 95

1 Thessaloniciens 1, 1-5

Matthieu 22, 15-21

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